Radioscopie des 480 bandes qui sévissent en France

Publié: 19 mars 2011 dans Insécurité & Délinquance, News, Politique
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banlieuesElles seraient deux fois plus nombreuses qu’en 2008. Constituées de 15 à 20 jeunes, les bandes défendent un territoire et s’agressent pour des motifs futiles. Une enquête du Figaro.

Ce ne sont ni les gangs armés de Harlem ni ceux du Bronx de jadis. Mais leur inexorable montée en puissance et leurs indicibles bouffées de violence ont suffi à en faire une cible prioritaire du ministère de l’Intérieur. Selon un bilan de la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP) porté à la connaissance du Figaro, pas moins de 480 bandes actives écument l’ensemble du territoire. Soit le double de ce qu’avait observé la très discrète section « dérives urbaines » en septembre 2008, lorsqu’elle s’était mise à défricher cet univers méconnu.

« Articulées autour d’un noyau de trois ou quatre individus, ces structures mouvantes sont composées de quinze à vingt personnes, observe le commissaire divisionnaire Christian Hirsoil, sous-directeur de l’Information générale (ex-Renseignements généraux). En général, le ciment du groupe est territorial, que ce soit la cité mais aussi une grande tour, voire une simple cage d’escalier… »

1.096 individus interpellés, dont 438 mineurs

Leurs membres, qui n’affichent aucun signe d’appartenance pour ne pas attirer l’attention de la police, s’agrègent dans une moindre mesure autour d’établissements scolaires et de centres commerciaux. En rajoutant la mouvance des « occasionnels qui se réunissent ponctuellement dans 120 groupes de circonstances à l’occasion d’une rumeur, d’un incident quelconque avec un vigile ou une patrouille », les services spécialisés estiment à 10.000 le nombre d’aficionados composant les bandes en France. L’année dernière, ils en ont interpellé 1.096, dont 438 mineurs. Les plus jeunes ayant quatorze ans à peine. Impliquées dans des trafics de drogues et des petits recels dans 75 % des cas et composées de filles uniquement pour 2,5 % d’entre elles, les bandes passent à l’action sur la voie publique, au hasard des rencontres et pour des motifs insignifiants.

« Un simple vol de casquette ou une histoire de cœur suffit pour que l’on sorte les couteaux, déplore un officier. Les motifs des agressions et des affrontements sont aussi futiles qu’irrationnels. Quand on fait des prisonniers, rares sont ceux qui parviennent à expliquer les déchaînements de violence. Récemment, une personne a été lardée de neuf coups de couteau dans un escalator pour un simple regard de travers. » Les incidents les plus graves n’éclatent pas forcément dans les grandes métropoles. Ainsi, fin janvier, à Villeneuve-sur-Lot, deux bandes rivales se sont affrontées à l’arme blanche au cours d’une invraisemblable rixe. Trois protagonistes, dont l’un poignardé à mort, avaient été relevés sur le champ de bataille.

Un simple regard de travers

« En général, les belligérants s’arrangent pour emporter leurs blessés avant l’arrivée des collègues », constate un policier. Quelques mois auparavant, là encore, un simple regard de travers et une insulte avaient coûté la vie à un Antillais de 19 ans, tué à l’arme blanche en plein cœur du vieux Millau (Aveyron).

En région parisienne, où un plan antibandes a été déclenché depuis le 1er juillet dernier par le préfet de police Michel Gaudin, 154 voyous gravitant dans des « gangs » ont été appréhendés pour le seul mois de février dernier. Au sein de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), une trentaine de policiers spécialisés passent au crible 78 bandes, dont 23 sont enracinées dans la capitale et cinq classées comme « cibles prioritaires ». Parmi elles, le gang des « Candy shop » et sa centaine d’adolescents soudés par la culture « gangsta rap » convergeant de toute la banlieue vers la gare du Nord ou le forum des Halles pour chercher la bagarre.

Des adolescents en rupture avec leur entourage

En juin dernier, ces voyous s’en étaient pris à un sourd-muet parce que ce dernier n’avait pas compris qu’on lui demandait une cigarette… « Faites de bric et de broc, dépourvues de leader véritable, ces bandes sont composées d’adolescents désœuvrés et en rupture avec leur entourage, précise le commissaire divisionnaire Stéphane Gouaud, patron du service de l’investigation transversale (SIT). Complètement immatures, les jeunes ne mesurent jamais les conséquences des blessures qu’ils occasionnent. Nous sommes loin des caïds. »

Actuellement, les bandes tamoules des Red Boys, des Viluthus ou des Sathanai qui hantent le Xe arrondissement sont aussi dans le collimateur de la police. Leurs adeptes, très alcoolisés versent désormais dans l’ultraviolence. Début mars, le corps sans vie d’un Sri-Lankais de 26 ans a été retrouvé après une rixe à La Courneuve, la tête et le visage partiellement fendu en deux. Et les deux mains tranchées par une hache ou un sabre.

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