Le FN veut profiter de l’absence de la droite dans les terres ouvrières de Seine-Maritime

Publié: 3 mars 2014 dans News, Politique
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Et si le FN avait l’occasion de supplanter l’UMP ? C’est l’objectif du parti d’extrême droite en Seine-Maritime. Dans ce département emblématique du socialisme ouvrier, bastion de Laurent Fabius, ex-premier ministre et ministre des affaires étrangères, l’UMP peine à exister. Le FN entend occuper l’espace vacant et devenir la seule opposition aux socialistes. Pour marquer cette volonté, Marine Le Pen est venue soutenir les candidats FN, vendredi 28 février à Elbeuf. « Ce n’est que le début. Nous allons nous présenter, avoir des élus. Et la prochaine fois, nous aurons des candidats dans toutes les villes », a-t-elle déclaré devant une centaine de sympathisants.

A moins d’une énorme surprise, le FN ne gagnera aucune ville ici. Mais il pourrait être en mesure de se constituer un socle, entre 20 % et 30 % des voix selon ses dirigeants. « Cela me rappelle Hénin-Beaumont, confie Marine Le Pen au Monde. Le PS est en monopole, l’UMP est inexistante. La situation est très intéressante. A partir du moment où l’on est la seule opposition, on peut s’implanter fortement. »

L’objectif du FN aux municipales de 2014 n’est donc que de prendre date pour d’autres échéances, notamment les législatives de 2017. « A partir du moment où le Front s’installe, l’UMP a du mal à exister. On est meilleurs, et on correspond plus à la sociologie de ces villes industrielles », fanfaronne Mme Le Pen, qui est malgré tout arrivée sous les protestations des habitants du quartier populaire où se déroulait la réunion de vendredi.

Sur le département, le FN présentera 21 listes, dont 15 dans des villes de plus de 10 000 habitants. « Nous couvrons 45 % de la population de la Seine-Maritime », se félicite Nicolas Bay, secrétaire général adjoint et responsable départemental. Dans sept communes, le FN se retrouvera en duel dès le premier tour avec une liste de gauche.

LE CŒUR DE LA « FABIUSIE »

Le cas d’Elbeuf est emblématique. M. Bay y est d’ailleurs candidat pour le FN. Longtemps spécialisée dans l’industrie drapière, cette ville de 17 000 habitants à une trentaine de kilomètres de Rouen est au cœur de la « Fabiusie ». En 2008, il n’y avait qu’une seule liste, celle du socialiste Djoudé Merabet. Cette année, il ne devrait y en avoir que deux, avec celle du FN. C’est une véritable terre de mission pour le Front qui a recueilli environ 19 % des voix à la présidentielle et aux législatives de 2012.

« Sur les 9 000 envois de tracts avec coupon-retour, on a reçu 480 réponses, ce qui est un bon chiffre », explique Nicolas Bay. Ce jour-là, un samedi de février froid et ensoleillé, c’est jour de marché. La petite équipe frontiste arpente l’allée principale entre un vendeur de voiles islamiques et un autre de gadgets. Les badauds sont en grande partie d’origine immigrée. Polis et timides, ils ne refusent pas le tract. Une discussion s’engage avec une militante associative, favorable au maire sortant. Un petit attroupement se forme. Un jeune intervient contre le discours de M. Bay et rappelle que le FN veut appliquer au niveau du pays la préférence nationale pour l’attribution des logements sociaux. La discussion tourne court.

Djoudé Merabet, le maire sortant, se dit « serein » mais ne prend pas l’arrivée du FN à la légère. « Le FN n’est pas l’équivalent de la droite républicaine, c’est l’extrême droite », tacle celui qui n’a pas de mots assez durs pour qualifier M. Bay et son parti. Lors de ses porte-à-porte, le maire entrevoit une montée de la parole frontiste, autour des thèmes de la fiscalité et de la sécurité.

« VOTE COUP DE GUEULE »

« Je sens une sorte d’exaspération. Les gens n’adhèrent pas forcément aux idées frontistes mais veulent faire un vote coup de gueule. On démonte ce discours en prenant le temps d’expliquer les choses, continue M. Merabet. Je fais campagne sur un bilan et un projet. Je ne cache pas mon appartenance au PS. Je défends la politique du gouvernement mais je rééquilibre en parlant des problématiques locales. »

Un constat que partage un autre candidat socialiste dans le département : Jacques-Antoine Philippe, qui se présente à Darnétal à la tête d’une liste d’union de la gauche. Là-bas, la situation est différente de celle d’Elbeuf. Anciennement communiste, la deuxième ville la plus pauvre du département a été conquise par la droite en 1995. Cette commune de 9 000 habitants est l’un des objectifs de la gauche pour les municipales.

M. Philippe ressent aussi la montée du FN, même s’il ne voit pas les militants frontistes sur le terrain. « On nous parle beaucoup de sécurité. Il y a eu une pétition sur les voitures brûlées, les cambriolages », raconte-t-il. Le jeune conseiller général – il est trentenaire – voit aussi se développer « une déception, l’expression d’une crise de confiance généralisée envers les politiques ». A Darnétal, un rien peu faire la différence : beaucoup estiment qu’il est très possible d’avoir trois listes autour de 30 % des voix. Et le FN pourrait bien perturber le jeu. Lors des cantonales de 2011 et des législatives de 2012, le parti lepéniste est à chaque fois arrivé devant la droite.

Abel Mestre –  Le Monde

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